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il y a une heure, Boz a dit :

Depuis quelques temps je crois qu'on peut dire que la gauche ne fait pas mieux sur ce que tu expliques ici très bien.

 

Le perfectionnisme politique est une forme de collectivisme basé sur des prémisses morales très spécifiques. Il y a des perfectionnistes de gauche (le jacobinisme me semble tomber sous cette catégorie, avec sa référence constante à la vertu), mais pleins de courants de gauche ne sont pas perfectionnistes, soit parce qu'ils sont "individualistes" ou plutôt pluralistes (Rawls par exemple dirait pas, je crois, qu'il y a une hiérarchie des modes de vie ou qu'un mode de vie en particulier est meilleur que tous les autres et doit être imposé politiquement. Et Rawls a influencé un paquet d'autres penseurs politiques contemporains), soit parce qu'ils sont relativistes (comme peuvent l'être, de manière très différentes, Karl Marx, Isaiah Berlin, Castoriadis, ou encore les post-modernes à la Deleuze / Foucault).

 

La différence entre les perfectionnistes politiques et les autres est que les premiers veulent utiliser le pouvoir politique pour façonner les individus vers le modèle abstrait unique d'une certaine individualité, alors que les autres ne formulent pas leurs objectifs politiques de cette façon. Mais en pratique, ils peuvent soutenir les mêmes lois ou les mêmes partis. On peut imaginer qu'un écologiste socialiste perfectionniste n'aura guère de divergences concrètes d'avec son compère non-perfectionniste. Leurs prémisses morales et leur façon d'argumenter seront simplement différentes. Le second pourra se contenter de poser comme souhaitable des objectifs qui n'ont rien à voir avec la qualité éthique des personnes, par exemple dire qu' "il faut sortir du capitalisme destructeur de la nature" ou que "les animaux ont une valeur intrinsèque".

 

C'est important de maîtriser cette catégorie parce qu'une fois qu'on a montré que le perfectionnisme politique est intenable, on réfute plusieurs positions différentes à la fois à droite (auquel cas en général conservatrices, peut-être fascistes aussi mais c'est moins clair) et à gauche. C'est un sacré gain de temps, en plus du bug cognitif qu'on peut produire chez l'adversaire en lui montrant qu'il résonne exactement comme des gens dont les positions l'horrifient (par exemple le jacobin ou le liberal pour le conservateur, et inversement).

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Il y a 17 heures, Johnathan R. Razorback a dit :

1): Entre cette critique et l'incompréhension primaire des gens qui me rétorquent que le droit n'est pas naturel parce que les animaux n'en ont pas, ça fait un moment que je milite pour privilégier l’appellation de normes naturels ou de bien naturel.

Elle est pertinente, pourtant : si on veut saisir la réalité du droit, du moins sa fonction réelle, rien de mieux que la conception antique (cf Livre V des éthiques à Nicomaque). Le droit comme une chose inhérente à l'espèce humaine n'a plus beaucoup de sens lorsqu'on réalise qu'il a vocation à régir uniquement les rapports humains : seul sur ton île, le droit n'a plus d'objet. Jusqu'à ce qu'un autre vienne sur tes terres.

 

D'ailleurs, le droit naturel dans la theorie moderne humaniste (droit innés), ça marche pour l'australopithèque ? ou c'est uniquement pour l'homo sapiens ?

 

Citation

2): Je pense qu'on peut peut-être dire que la justice est une partie du Bien (ça semble valide de dire que faire le bien c'est davantage que seulement rendre justice). En outre (mais le droit est une réalité que je comprends assez mal donc je m'avance à petit pas) le droit -ou plutôt le pouvoir politique dont le droit n'est qu'un outil parmi d'autres- doit être hiérarchiquement dépendant la morale* pour éviter le positivisme juridique. Par contre hiérarchisation ne veut pas dire absence d'autonomie ; ça semble valide de dire qu'un risque de confusion entre droit et morale existe. Tous les concepts moraux ne peuvent pas être transformés en concepts juridiques, ou l'être tels quels. Par exemple on pourrait soutenir que l'amour ou du moins certaines de ses formes sont moralement bonnes, mais on voit mal comment ça pourrait devenir un principe juridique, si tant est que l'effectivité du droit est garantie par la violence du pouvoir politique, et qu'un amour rendu effectif par de la violence apparaît comme une impossibilité. (D'une manière générale faire des obligations morales impliquant l'exercice d'une vertu des obligations juridiques -comme le préconisent les perfectionnistes politiques, généralement conservateurs- est contradictoire, parce qu'il n'y a pas de vertu contrainte -alors que la simple non-nuisance à autrui peut être garanti par la menace du gendarme, jusqu'à un certain point en tout cas).

Ça me semble tout à fait pertinent. Si Aurélien Biteau avait argumenté de la sorte, ça aurait été tout de suite plus intelligible.

 

Droit et morale sont donc autonomes, mais pas indépendants. Il me semble que l'idée nocive que tu vises ici renvoie à la croyance selon laquelle le pouvoir politique aurait notamment pour rôle d'inciter les hommes à agir en conformité avec certains principes moraux, alors que la morale est éminemment personnelle. Exemple : lutte contre le tabagisme et santé publique.

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17 hours ago, Johnathan R. Razorback said:

Je pense qu'on peut peut-être dire que la justice est une partie du Bien (ça semble valide de dire que faire le bien c'est davantage que seulement rendre justice).

Le droit (positif) est un ensemble de principes moraux solidifiés parce qu'ils sont considérés (par la population sur laquelle ce droit est appliqué) comme suffisamment importants pour être défendus par la force. Le droit naturel est un autre ensemble de principes qui permettent de juger et comparer normativement les droits positifs.

On dit qu'il ne faut pas confondre le droit et la morale et c'est vrai dans une certaine mesure (même si c'est un cliché) parce que les sentiments d'un péquenaud en particulier sur une situation ne sont pas opposable au cadre juridique du groupe entier (même dans le cas-limite où cette personne décide d'être "héroïque" au sens de @neuneu2k, elle accepte simplement les conséquences juridiques de son action). Seulement le système législatif qu'on se tape tombe très exactement dans cette confusion puisqu'il transmet le processus d'établissement des lois aux mains d'un groupe de péquenauds. Lié au positivisme juridique ça veut dire qu'on leur laisse carte blanche pour décider des principes moraux les plus importants pour toute la population et c'est n'imp. A fortiori quand des mecs prétendent définir des droits de l'homme qui cristalliseraient la morale de toute l'humanité.

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Il y a 22 heures, poincaré a dit :

1): Droit et morale sont donc autonomes, mais pas indépendants.

 

2): Il me semble que l'idée nocive que tu vises ici renvoie à la croyance selon laquelle le pouvoir politique aurait notamment pour rôle d'inciter les hommes à agir en conformité avec certains principes moraux, alors que la morale est éminemment personnelle. Exemple : lutte contre le tabagisme et santé publique.

 

1): Je dirais plus exactement que la morale et la politique (dont le droit est un outil) sont autonomes mais que la seconde est hiérarchiquement ordonnée à la première (et je serais tenté de soutenir que toutes les essences, au sens anthropologique de Freund, sont en fait hiérarchiquement subordonnées à la morale, car la morale étant ce que je dois faire, toute activité humaine imaginable en est de facto une partie, même s'il est important de saisir que toutes ces activités ou dimensions existentielles de l'être humain ont des buts ou des règles spécifiques. En ce sens, Machiavel -dont s'inspire explicitement Freund- demeure un penseur majeur en soulignant que les vertus politiques ne sont pas celles qu'on peut attendre d'une personne privée, leçon dont l'expérience quotidienne montre qu'elle n'est pas acquise):

 

"Au deuxième sens, l’essence a un caractère ontologique. Elle définit alors une des orientations et activités vitales ou catégoriques de l’existence humaine, sans lesquelles l’être humain ne serait plus lui-même. Toute essence en ce sens a pour fondement une donné de la nature humaine ; par exemple il y a une politique parce que l’homme est immédiatement un être social, vit dans une collectivité qui constitue pour une grande part la raison de son destin. La société est donc la donnée du politique, comme le besoin est la donnée de l’économique ou la connaissance celle de la science. Dans ce cas il ne s’agit plus seulement d’analyser l’essence du politique et nous dirons même que la politique est une essence. Nous croyons qu’il y a six essences de cette sorte : la politique, l’économie, la religion, la morale, la science et l’art. Comprises en ce deuxième sens les essences se distinguent de ce que nous appelons les dialectiques, comme le droit, la question sociale, l’éducation, etc. La caractéristique de ces dialectiques consiste en ce qu’elles ne se fondent pas sur une donnée de la nature humaine, mais sur deux ou plusieurs essences au sens ontologique. Ainsi le droit a pour fondement la morale et la politique, la question sociale a pour fondement la politique et l’économie." (p.5)

 

Le problème que j'ai avec Freund est qu'il est tellement engagé dans une lutte pour souligner l'autonomie des essences (typiquement: la politique est irréductible à la morale -d'où sa critique impitoyable du pacifisme, qui n'a rien à voir avec faire la paix), à lutter contre les confusions ou les prétentions abusives de l'une sur l'autre, qu'ils ne les pensent plus comme hiérarchisées (ce qui devait à mon avis être le cas dans la tradition aristotélo-thomiste). Il suppose en passant que « La confusion entre politique et morale est peut-être nécessaire à toute entreprise politique qu’elle soit de commandement ou de révolte. » (p.179), mais il considère justement ça (à tort) comme une confusion, pas comme un indice d'une primauté d'une dimension de l'existence humaine sur les autres, d'une dépendance de la politique envers quelque chose qui n'est pas elle et qui lui donne un sens hors duquel elle serait une activité vidée de sa finalité, réduite à la pure recherche et conservation du pouvoir, définalisée comme le serait une éducation qui se limiterait à contrôler les élèves sans les instruire ni les rendre autonomes, ou un art qui se limiterait à exprimer des émotions ou mobiliser une technique ou "créer du nouveau" ou "faire passer un message", sans souci pour la qualité proprement esthétique (c'est-à-dire la beauté) résultante de l'activité... (cette dernière phrase est dédiée à @NoName).

 

Il écrit au contraire que: "Entre politique et morale il y a une différence d’essence. L’une n’est pas le prolongement ni l’aboutissement ni le couronnement de l’autre." (p.42) -ce qui ouvre la voie au collectivisme en ce sens que, si on pose le bien moral et le bien politique comme séparés, on doit alors admettre qu'il y a des situations où les deux entrent en conflit sans pouvoir être réconciliés, on l'on se retrouve sans principes pour choisir ce qui serait préférable, où l'on doit préférer arbitrairement Créon ou Antigone sans qu'une objectivité puisse permettre d'argumenter et de légitimer nos préférences, et où l'on peut in fine choisir arbitrairement de privilégier un "intérêt général" hypostasié contre le bien de l'individu.

Or il me semble que la situation tragique ainsi définie n'existe en fait pas (parce qu'il ne peut y avoir de conflits entre différents biens qui sont réellement des biens, inter-individuels ou entre l'individu et la collectivité. Mais j'admets qu'à ce stade je ne saurais pas comment démontrer systématiquement cette thèse, et que d'aucun pourrait railler un libéralisme universalisme "naïf" et abusivement optimiste, qui se donne a priori des "harmonies" éthiques là où il n'y en a pas toujours).

 

2): Non. Je m'oppose au perfectionnisme politique, c'est-à-dire que je conteste que le pouvoir politique soit à la fois légitime et capable de rendre les individus bons, de les faire se conformer à un modèle de la vie bonne. D'une part parce qu'on ne peut pas rendre les gens bons par des moyens violents (et la Loi repose sur la force publique et non sur la seule autorité que nous sommes prêts à conférer à nos gouvernants) ; d'autre part parce que si on admet comme légitime de telles prétentions et une telle étendue au pouvoir politique, les conceptions de la vie bonne étant très différentes au sein de la société, tous les groupes dotés d'un idéal éthique chercheront à utiliser le pouvoir pour l'imposer aux autres, ou du moins à tenir le pouvoir pour empêcher les autres de les détruire. Il s'ensuivra une guerre de tous contre tous. C'est justement pour sortir de ce cercle vicieux que le libéralisme s'est développé comme solution politique aux guerres de religions.

 

Mais dire que le pouvoir politique ne peut ni ne doit chercher à rendre les individus bons, ce n'est pas dire qu'il ne peut pas obliger les hommes à agir en conformité avec certains principes moraux... Car dire cela serait rompre la subordination du politique à la morale, et vider la loi de tout contenu éthique (ce que fait le positivisme juridique. Ce n'est pas un hasard si Hobbes, observant les ravages des guerres de religion et donc du perfectionnisme politique, ait pensé trouvé la solution de la paix civile dans le relativisme moral et dans le fait de vider la loi de tout fondement moral pour la réduire à un impératif de survie en se subordonnant au pouvoir).

Hobbes (et Spinoza) avaient raison de dire (et étaient "pré-libéraux" en souhaitant) que le pouvoir politique doit se contenter de l'obéissance des gouvernés à la Loi, et non d'une adhésion en leur fort intérieur au contenu de la loi, d'une transformation de la qualité éthique des gouvernés par la Loi. Ce faisant, ils portèrent un coup puissant à l'encontre du perfectionnisme politique de la tradition occidentale (de Platon à la scolastique tardive). Mais ils le combattirent à partir de mauvaises prémisses (relativistes, contractualistes, et reconduisant une forme d'absolutisme positiviste-juridique). L'erreur, ce n'était pas de subordonner la politique à la morale, c'était et de se tromper sur la véritable morale, et de chercher à réaliser intégralement une moralisation des êtres humains par des moyens politiques (donc violents).

 

Si les gouvernés ne sont pas tenus d'adhérer à la loi ou de se laisser transformer qualitativement par elle, mais seulement de lui obéir pour assurer la continuité de l'ordre social et politique, ils ne sont plus empêchés de réfléchir et de discuter du bien-fondé de la Loi (et en ce sens Hobbes et surtout Spinoza sont "pré-libéraux" en ruinant la légitimité de la censure, qui est cohérente dans le cadre du perfectionnisme politique où l'on veut, depuis Platon, transformer les croyances intimes des gouvernés). Du coup, il devient possible de voir (mais ça implique de reconnaître la validité d'une certaine ontologie et d'une certaine anthropologie) que certaines lois sont objectivement meilleures que d'autres, que la Loi doit se subordonner à certains principaux moraux fondamentaux et que le pouvoir politique peut être renversé s'il les violent (et historiquement c'est là qu'arrive John Locke, qui n'est ni relativiste ni perfectionniste). On peut donc échapper à l'arbitraire positiviste sans retomber dans le perfectionnisme et son incapacité à faire coexister des groupes ayant des conceptions divergentes de la vie bonne.

 

Je soutiens donc que la morale est objective, universelle, rationnellement découvrable, et que le pouvoir politique doit s'y conformer (ce qui implique que les gouvernés, en suivant la Loi, suivront certains principes moraux, mais ce n'est pas une conception perfectionniste parce que ces principes se limitent à rendre la vie sociale possible malgré la conflictualité des idéaux et des valeurs, et non à faire en sorte que les individus suivent une conception de la vie bonne, qui a un caractère "totalisant" -elle ne définit pas seulement la justice mais la totalité de ce que je devrais faire et être). Je défends donc une conception libérale jusnaturaliste.

 

Je ne dirais pas non plus que la morale est personnelle. Je pense que les principaux moraux sont universellement valables et qu'il implique des vertus et des attitudes qui déterminent ce qu'est la vie bonne (la manière dont cet idéal général se décline en des vies particulières faites de goûts et d'activités diverses est un problème beaucoup moins sérieux que ne le croient les sceptiques ou les relativistes, mais je le traiterais une autre fois). Tout ce que je me borne à soutenir est que l'existence d'un genre de vie objectivement meilleur que les autres ne fonde pas les prétentions d'un pouvoir politique à chercher à l'imposer, et s'y opposerait même (parce que la rectitude morale conduit à s'opposer à un pouvoir politique abusif).

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Je n'ai pas eu le temps d'éditer mais l'extrait de Freund que j'ai cité (p.5) est bien sûr tiré de son indispensable opus magnum, L'Essence du politique.

 

Sinon je crois que c'est mon meilleur post depuis longtemps :D J'arrive de mieux en mieux à présenter "ma" philosophie (enfin j'espère que c'est aussi clair pour vous que pour moi ! XD).

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1 hour ago, Johnathan R. Razorback said:

Je dirais plus exactement que la morale et la politique (dont le droit est un outil)

Meh.

 

Quote

la morale étant ce que je dois faire, toute activité humaine imaginable en est de facto une partie

Les humains évoluent dans le monde physique. Toute activité humaine imaginable est donc une partie de la physique.

 

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Or il me semble que la situation tragique ainsi définie n'existe en fait pas (parce qu'il ne peut y avoir de conflits entre différents biens qui sont réellement des biens, inter-individuels ou entre l'individu et la collectivité. Mais j'admets qu'à ce stade je ne saurais pas comment démontrer systématiquement cette thèse, et que d'aucun pourrait railler un libéralisme universalisme "naïf" et abusivement optimiste, qui se donne a priori des "harmonies" éthiques là où il n'y en a pas toujours).

Effectivement ça me semble relever de la foi.

 

Quote

Si les gouvernés ne sont pas tenus d'adhérer à la loi ou de se laisser transformer qualitativement par elle, mais seulement de lui obéir pour assurer la continuité de l'ordre social et politique, ils ne sont plus empêchés de réfléchir et de discuter du bien-fondé de la Loi (et en ce sens Hobbes et surtout Spinoza sont "pré-libéraux" en ruinant la légitimité de la censure, qui est cohérente dans le cadre du perfectionnisme politique où l'on veut, depuis Platon, transformer les croyances intimes des gouvernés). Du coup, il devient possible de voir (mais ça implique de reconnaître la validité d'une certaine ontologie et d'une certaine anthropologie) que certaines lois sont objectivement meilleures que d'autres, que la Loi doit se subordonner à certains principaux moraux fondamentaux et que le pouvoir politique peut être renversé s'il les violent (et historiquement c'est là qu'arrive John Locke, qui n'est ni relativiste ni perfectionniste). On peut donc échapper à l'arbitraire positiviste sans retomber dans le perfectionnisme et son incapacité à faire coexister des groupes ayant des conceptions divergentes de la vie bonne.

La tension est bien formulée ici (et dans le post en général) entre l'idée d'une nécessaire finalité morale du pouvoir et le rejet du perfectionnisme, mais je ne suis pas certain qu'elle soit tout à fait résolue... Il faudra qu'on en discute de manière plus approfondie dans le thread sur l'éthique (j'ai lu récemment un article rigolo contre le réalisme moral :mrgreen:).

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il y a une heure, Johnathan R. Razorback a dit :

Sinon je crois que c'est mon meilleur post depuis longtemps :D J'arrive de mieux en mieux à présenter "ma" philosophie (enfin j'espère que c'est aussi clair pour vous que pour moi ! XD).

JRR :wub:

  • Haha 1

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il y a 18 minutes, Lancelot a dit :

1): Effectivement ça me semble relever de la foi.

 

2):  Il faudra qu'on en discute de manière plus approfondie dans le thread sur l'éthique (j'ai lu récemment un article rigolo contre le réalisme moral :mrgreen:).

 

1): Disons que la plupart des soi-disant dilemmes moraux insolubles que j'ai pu croisé ne m'ont guère paru difficile à résoudre dans le cadre théorique que j'ai retenu, et donc a priori je suis optimiste sur le fait qu'il n'existe en fait pas de dilemmes insolubles ou de situations où toutes les parties auraient autant raison les unes que les autres (d'ailleurs je compte écrire un petit essai sur le cas paradigmatique de Créon et Antigone pour exposer cette idée). Mais je ne vois pas comment on pourrait établir définitivement et par avance qu'il en serait ainsi dans tous les cas conflictuelles imaginables. C'est plus une orientation de pensée qu'une position théorique en bonne et due forme.

 

2): Avec plaisir ;)

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il y a 28 minutes, Lancelot a dit :

Les humains évoluent dans le monde physique. Toute activité humaine imaginable est donc une partie de la physique.

 

Bon, sans en être une partie au sens disciplinaire, mes activités sont tout de même subordonnées aux lois physiques... Pourquoi n'en serait-ils pas de même avec la morale (ce qui présuppose certes que la morale est objective) ?

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D'ailleurs j'aurais bien voulu demander à @Mégille s'il n'existe pas un nom pour qualifier la différence entre ceux qui pensent que la politique est subordonnée à la morale (les "classiques" depuis Platon jusqu'aux néo-thomistes, mais aussi des libéraux jusnaturalistes comme Holbach ou Ayn Rand, ou utilitaristes comme Bentham, ou bien encore des socialistes non-marxistes comme Kant Proudhon, Péguy, Jaurès, Henri de Man, les soréliens...), et ceux qui pensent que non, soit parce qu'il y a un conflit impossible à résoudre rationnellement entre les deux (Machiavel, Rousseau, Max Weber et Julien Freund), soit parce qu'il n'y a même pas de bien moral auquel subordonner le politique (Hobbes, Sade, Stirner, etc).

 

Y a des pages fort intéressantes de Berlin là-dessus.

 

« Je me rendis compte que toutes ces conceptions [réalistes-morales] partageaient un même idéal platonicien : en premier lieu, comme dans les sciences exactes, toutes les vraies questions devaient avoir une bonne réponse et une seule, tout le reste était nécessairement erroné ; en deuxième lieu, il devait exister une voie sûre menant à la découverte de ces vérités ; en troisième lieu, les bonnes réponses, une fois trouvées, devaient nécessairement être compatibles entre elles et former une totalité unique, car une vérité ne pouvait en contredire une autre –cela, nous le savions a priori. Cette espèce d’omniscience était la solution du puzzle cosmique. Quant à la morale, nous pourrions alors déterminer ce que devait être une vie parfaite en nous fondant sur une exacte intelligence des règles qui régissent l’univers. » (Isaiah Berlin, « La recherche de l’idéal », 1988, in Le bois tordu de l’humanité. Romantisme, nationalisme et totalitarisme, Albin Michel, coll. Idées, 1992 (1990 pour la première édition britannique), 258 pages, p.19)

« A un certain stade de mes lectures, je rencontrai naturellement les œuvres majeures de Machiavel. Elles produisirent sur moi une impression profonde et durable, et m’ébranlèrent dans mes convictions. Je tirai d’elles non leurs enseignements les plus visibles […] mais autre chose. » (p.21)


« [Machiavel] ne condamne pas les vertus chrétiennes : il signale simplement que les deux morales sont incompatibles, et il ne reconnaît pas de critère supérieur qui nous permette de trancher entre elles. La combinaison de la virtu et des valeurs chrétiennes constitue pour lui une impossibilité. Il vous laisse simplement devant le choix –lui sait où vont ses préférences.
Ce fut pour moi la découverte –qui m’ébranla quelque peu- que toutes les valeurs suprêmes poursuivies par l’humanité aujourd’hui et par le passé n’étaient pas nécessairement compatibles les unes avec les autres. Cela sapa ma conviction antérieure, fondée sur la philosophia perennis, qu’il ne pouvait exister de conflit entre des fins authentiques, des bonnes réponses aux questions clés de la vie." (p.22)

 

Bien entendu il n'admet pas de bien objectif parce qu'il n'admet pas l'idée qu'il existe une nature humaine:

 

« L’hypothèse […] selon laquelle la nature humaine est fondamentalement [sic] identique en tout temps comme en tout lieu et obéit à des lois éternelles échappant à la maîtrise des hommes, est un postulat que seule une poignée de hardis penseurs ont osé mettre en doute. »
-Isaiah Berlin, « Giambattista Vico et l’histoire culturelle », 1983, in Le bois tordu de l’humanité. Romantisme, nationalisme et totalitarisme, Albin Michel, coll. Idées, 1992 (1990 pour la première édition britannique), 258 pages, p.78.

 

Le malheureux en est réduit au sophisme ad populum -comme le premier partisan de l'éthique de la discussion venu- comme outil de direction morale:


« Il nous faut pas dramatiser l’incompatibilité des valeurs ; il existe de larges zones de consensus parmi les gens de diverses sociétés durant de longues périodes de temps quant au bien et au mal, au vrai et au faux. »
-Isaiah Berlin, « La recherche de l’idéal », 1988, in Le bois tordu de l’humanité. Romantisme, nationalisme et totalitarisme, Albin Michel, coll. Idées, 1992 (1990 pour la première édition britannique), 258 pages, p.31.

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L'opposition est intéressante, mais je ne connais pas de paire de -isme qui lui corresponde. Il me semble que le premier à la dramatiser, avant Machiavel, est Augustin, lorsqu'il oppose cité terrestre et cité de Dieu... Mais pour rejeter toute la politique de ce bas monde.

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il y a 47 minutes, Mégille a dit :

L'opposition est intéressante, mais je ne connais pas de paire de -isme qui lui corresponde.

 

Pourtant ça me serait bien utile d'avoir un terme sous la main pour souligner que je suis, sur un point fondamental, d'accord avec Platon ou Kant, tout en ayant plein d'autres divergences fondamentales par ailleurs...

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Je pense de plus en plus que l'oubli ou la négation de la nature humaine à l’œuvre dans la philosophie moderne (particulièrement dans sa variante allemande) et le relativisme moral calamiteux qui en découle (violence incluse, Rothbard ayant raison de pointer qu'il est naïf de croire que le relativisme porte à la paix, il porte tout autant à la violence puisqu'il supprime la possibilité d'un accord et d'une obéissance rationnelle) trouve son origine dans la philosophie de Kant et avant lui de Rousseau.


"Kant et après lui le jeune Fichte déplacent l'idée de nature humaine et pensent l'unité de l'humanité en termes de destination: les Droits de l'Homme ne sont pas des droits originaires. Il est cependant possible d'arguer que la rationalité et la liberté, la capacité d'arrachement aux déterminations naturelles, caractérisent bien une sorte paradoxale de nature, mais dont l'ouverture, la perfectibilité la distingue de toute essence immuable et implique la "discutabilité" des propositions éthiques et politiques. En tout état de cause, le recours à la Nature n'est guère satisfaisant, puisqu'il paraît possible de lui faire dire à peu près ce que l'on veut*, comme le montre l'exemple du séduisant Calliclès. Le fondement du Droit ne peut qu'être lui-même de l'ordre de la convention, du discutable, même s'il s'agit d'une norme supérieure (universalisable), en ce sens qu'elle permet de critiquer les lois positives." (Alain Boyer, "Justice et égalité, in Denis Kambouchner (dir.), Notions de philosophie, III, Gallimard, coll Folio essais, 1995, 736 pages, pp.9-83, p.30).

 

* Vous aurez noté le côté sophistique de ce point. Comme disait Péguy: « S’il fallait renoncer à toutes les valeurs de l’homme et du monde à mesure que les politiciens s’en emparent et entreprennent de les exploiter, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus rien. » (Charles Péguy, « Note sur M. Descartes et la philosophie cartésienne », Cahiers de la Quinzaine, 1er août 1914, repris in Note conjointe, Gallimard, NRF, 1935, 319 pages, p.150). Le fait qu'on se soit effectivement servi de la référence à la nature pour justifier tout et n'importe quoi ne prouve pas que tout ces usages contradictoires étaient en fait justifiés.

 

Comme Isaiah Berlin, comme tant de socdems, Boyer est lui même contraint de déduire de ses prémisses un démocratisme radical et nihiliste, érigeant le sophisme ad populum au rang de norme. Le bien, c'est ce sur quoi les gens se seront mis d'accord, peu importe le contenu: "Nous supposerons également comme peu contestables l'idée selon laquelle une situation dans laquelle tout le monde est plus satisfait que dans une autre est préférable à cette dernière (principe d'unanimité ou "de Pareto"). Si une situation A est plus inégalitaire que B, mais que tous les individus préfèrent pour ce qui les concerne A à B, alors A doit être "socialement" préférée à B." -Alain Boyer, "Justice et égalité, in Denis Kambouchner (dir.), Notions de philosophie, III, Gallimard, coll Folio essais, 1995, 736 pages, pp.9-83, p.51-52.

 

Les théoriciens néo-kantiens de l'éthique de la discussion (abusivement qualifiés de libéraux dans ce qui suit, une fois de plus par confusion avec les liberals) en sont au même point, c'est-à-dire au raz-des-pâquerettes: "La philosophie politique moderne tente de parer aux dangers du principe occamien et spinoziste par la doctrine du droit divin des rois, c’est-à-dire du fondement a priori d’un pouvoir politique absolu, elle conçoit aussi de remédier à l’anarchie qui peut découler du conflit du droit naturel de chacun par le contrat originaire constitutif de la société politique, comme il apparaît encore. L’éthique de la discussion présente un analogon de cette position, tout en maintenant le principe occamien d’une volonté, c’est-à-dire d’une liberté absolue de toute finalité naturelle ou commune. La fonction de l’éthique, c’est-à-dire en définitive de l’Etat minimal du libéralisme, est en effet de chercher à réguler les tendances indéfiniment multiples de la société en assurant leur co-existence pacifique par une procédure de concertation permanente. La condition de cet ordre apparent, de cette « stabilité » de la société, selon l’expression de Rawls, n’est pas une éthique « métaphysique » appuyée sur quelques principes « extérieurs » au conflit des intérêts humains, telles, pour faire court, la finalité du bien ou du moins l’utilité individuelle ou collective, mais un débat démocratique susceptible d’amener à un consensus social sur les règles sociales nécessaires, dans l’ « espace public » de la « communication langagière », qui joue dans le domaine pratique le rôle des conditions transcendantales de l’analyse kantienne. Ce sont ces règles qui pourront être alors considérées comme « bonnes », au moins pour un temps, jusqu’à ce que de nouveaux conflits exigent de nouvelles règles." (André de Muralt, L’unité de la philosophie politique. De Scot, Occam et Suarez au libéralisme contemporain, Librairie philosophique Vrin, coll. Bibliothèque d’histoire de la philosophie, 2002, 198 pages).

 

Vous remarquerez du reste que ces principes ont infusés la manière actuelle de gouverner en France. Quand le président dit: "Je crois au dialogue", ça signifie: "je ne sais pas comment argumenter pour légitimer mes décisions, alors on va créer un machin ad hoc pour faire discuter les citoyens ou des "experts indépendants", et ensuite ce sera du "ta gueule c'est démocratique" au menu". Brillant.

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Rien de kantien dans tout ça. Chez Kant, le droit de propriété privée est déduit transcendantalement au début de la Métaphysique des moeurs, et la liberté et l'égalité devant la loi ne manquent pas non plus à l'appel. Kant est aussi éloigné que possible du conventionnalisme, et reposer le droit sur une convention théorique, un contrat social, c'est de façon uniquement formelle, c'est à dire que le droit naturel, chez Kant, est la condition de possibilité de tout droit positif à proprement parler, et il consiste bel et bien en une inviolabilité de la liberté individuelle.

 

Chez Kant, le libéralisme (en un sens très fort, même s'il n'en a pas exploré suffisamment toutes les conséquences) est une nécessité logique, a priori, ce qui est beaucoup plus fort qu'une simple contrainte empirique qui serait due aux inclinaisons générales mais contingentes de l'animal qu'est l'homme.

 

Par contre, effectivement, Macron est très habermassien. Mais la récupération de Kant est encore plus abusive chez Habermas que chez Rawls, c'est dire.

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Lecture de Démocratie et Totalitarisme, un "classique" de Raymond Aron, qui est en fait une reprise des cours donnés à la Sorbonne en 1957, donc juste avant la V° République.

Très didactique avec un exposé relativement clair des différents types de régime, des exemples, et parfois des prédictions sur certains pays.

Une attention particulière est donnée aux régimes constitutionnels pluralistes dans la deuxième partie de l'ouvrage avec un exemple historique intéressant de corruption de ce type de régime.

Il s'agit de la république de Weimar de 1929 qui me semble avoir certains points communs avec la situation française actuelle. Surtout dans l'équilibre des forces politiques actuelles avec finalement une majorité de votants favorables soit à un parti d'extrême droite nationaliste (FN), soit à un parti d'extrême gauche socialiste (FI). Heureusement, la situation diffère par ailleurs : d'une part, l'économie parait tout de même en meilleure santé, d'autre part, les partis en question se disent malgré tout républicains, et non révolutionnaires.

Intéressant aussi de voir qu'Aron pense que la solution qui aurait permis en Allemagne d'éviter le désastre du national socialisme au pouvoir, aurait été une forme de coup d'Etat réalisé par le centre démocrate, qui aurait gouverné par décret-loi. Solution qui n'est pas sans rappeler la forme de gouvernement actuel de la république en marche...

 

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On 4/28/2019 at 8:23 AM, POE said:

aurait été une forme de coup d'Etat réalisé par le centre démocrate

Par curiosité, il donne plus de détails sur ce coup d'État ? 

 

Le Reichstag était victime encore et encore de dissolutions post-1919. Fonder une ligne directrice politique cohérente à partir de ça... Bon courage. La critique du système par les populistes devait être inévitable.

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Il y a 7 heures, Cristaline a dit :

Par curiosité, il donne plus de détails sur ce coup d'État ? 

 

 

Non, aucun détail dans cet ouvrage, mais sur le papier, déséquilibre politique et crise économique auraient été résolus simultanément.

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Je lis ReWork des mecs de Basecamp qui se parcourt extrêmement facilement et en parallèle L'histoire de France de Bainville qui est le 1er bouquin d'histoire à me happer... J'étais comme Bainville, l'histoire comme succession de faits je trouvais ça rasoir.

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